Pour comprendre le liège, il faut d'abord oublier la matière telle qu'on la connaît et revenir à son origine.
Avant d'être transformé en objet, en panneau ou en textile, le liège est une écorce.
Celle du chêne-liège, ou Quercus suber.
Cet arbre au tronc puissant et aux branches souvent irrégulières fait partie des paysages caractéristiques de certaines régions du bassin méditerranéen.
Il possède une particularité extraordinaire : il fabrique naturellement une écorce épaisse qui le protège et qui, lorsqu'elle est prélevée dans de bonnes conditions, se reconstitue.
Le liège n'est donc pas le bois du chêne-liège. Il forme sa couche extérieure protectrice.
Sa structure particulière contribue notamment à protéger l'arbre des variations de température et de certaines agressions extérieures.
Au fil des années, cette écorce s'épaissit.
Le temps joue ici un rôle essentiel : la matière ne peut pas être produite à volonté ou accélérée par une machine.
Il faut attendre que l'arbre fasse son œuvre.
Un jeune chêne-liège doit grandir pendant de longues années avant de pouvoir connaître sa première récolte.
Traditionnellement, celle-ci n'intervient que lorsque l'arbre a atteint un développement suffisant. Cette première écorce, irrégulière et très structurée, est appelée liège mâle.
Elle ne possède pas encore les caractéristiques du liège qui sera récolté plus tard.
Après ce premier prélèvement, l'arbre commence à produire une nouvelle écorce.
Le chêne-liège reconstitue progressivement son enveloppe protectrice.
Au Portugal, la réglementation impose notamment un intervalle minimal de neuf ans entre deux récoltes successives.
Année après année, une nouvelle couche se forme.
Ce cycle lent est indissociable de la matière.
Dans un monde où nous sommes habitués à produire toujours plus rapidement, le liège nous rappelle une évidence : certaines matières nécessitent du temps.
Au cours de sa longue existence, un même chêne-liège pourra ainsi fournir son écorce à plusieurs reprises.
L'arbre reste en place et continue de grandir entre les récoltes.
C'est l'une des grandes singularités du liège : la matière est prélevée tandis que l'arbre demeure vivant.
La forêt continue donc d'exister en tant qu'écosystème et paysage productif.
Lorsque nous travaillons une feuille de tissu de liège dans l'atelier Casaval, cette histoire reste invisible.
Et pourtant, elle est là.
Avant le dessin, le patron, la découpe et la couture, il y a eu un arbre.
Puis des années de croissance.
Puis l'attente.